Pour moi, les vacances ont toujours été une parenthèse propice aux voyages. Mon grand-père avait peint cette citation sur la porte de son atelier : «N’y-a-t-il pas dans le cours de l’année assez de tristesses pour nous interrompre ?». Les vacances ne l’inspiraient guère et il aimait travailler. Je suppose que sa pensée coule un peu dans mes veines. Mes vacances ont souvent été actives et cette année plus que d’habitude ! Cet été, l’Inde s’est révélée être ma destination. Cela n’a pas vraiment été des vacances mais plutôt un voyage spirituel et une aventure humaine autour du yoga.

Sur la porte de l’atelier de mon grand-père…

Une pratique quotidienne intensive du yoga

Je rentre tout juste d’Inde où j’ai séjourné 4 semaines. Je n’ai fait que très peu de tourisme compte tenu de mon emploi du temps quotidien : 5h de pratique de yoga en plus des 3h30 de théorie, six jours par semaine.

21h de cours théoriques par semaine : histoire du yoga, positions, physiologie, anatomie, spiritualité, philosophie…

Très vite, nos formateurs nous ont poussés à donner des instructions les uns aux autres, jusqu’à réaliser deux cours complets d’1h30 chacun, sous leur regard acéré.

A l’issue des deux premières semaines, j’ai passé un examen écrit. Noté sur 100 points, il testait les connaissances acquises (histoire du yoga, anatomie, physiologie, postures, leurs bénéfices et contre-indications…). J’ai obtenu 81, un score honnête malgré tout car ce memory game à mon âge a généré un peu de stress tout de même !

Le programme s’est terminé par un exercice physique de 108 salutations au soleil d’affilée et le chant du mantra Gayatri 108 fois consécutives. Le travail sur le souffle, la respiration et les muscles a clairement fait ses preuves.

Le mantra Gayatri est considéré comme le mantra le plus sacré des Véda, les textes ancestraux de l’hindouisme.

Je rentre donc les jambes et les bras couverts de bleus (dus aux frictions, pressions et appuis divers), le corps quelque peu endolori, l’esprit encore entre deux mondes… Alors ce voyage-là relève plutôt d’un parcours initiatique, un voyage spirituel, au cœur du yoga en Inde.

Une formation intensive qui touche à sa fin et que je suis contente d’avoir menée à bien

Pour quelles raisons ai-je choisi de partir étudier le yoga en Inde ?

Pourquoi souhaiter consacrer quatre semaines, en période estivale, pour aller sur les terres indiennes pratiquer le Hatha Yoga sous sa forme la plus authentique ?

Cette activité s’est invitée dans ma vie il y a quelques années déjà et a pris de plus en plus de place. Je consacre un temps de méditation le matin avant d’aller travailler. Chaque semaine, je prends également un cours collectif et je suis des cours en ligne (en anglais ou en français). Les bénéfices ressentis rapidement et l’envie d’en savoir davantage m’ont amenée à participer à des ateliers, des stages et des cours un peu partout en France.

La posture de l’arbre (Vrikshana) et sa variante en demi-lotus

Je suis professeure d’anglais au collège et j’ai suivi deux formations professionnelles cette année. La première portait sur la communication avec les adolescents et la seconde sur les élèves dyslexiques. Celles-ci ont clairement identifié des situations de stress, de détresse parfois, ou de difficultés passagères vécues à l’école par nos jeunes ou les équipes d’adultes. Les mots posés et les solutions peu nombreuses ont créé un déclic chez moi. Serait-il possible de faire bénéficier aux élèves des bienfaits du yoga ?

Après maintes recherches et le (non) soutien du service de formation continue des enseignants au rectorat, mon choix s’est porté sur une formation diplômante intensive. Car, tout comme le code ou la conduite peuvent se préparer en accéléré, il existe des formations concentrées pour pouvoir enseigner le yoga lorsque la pratique fait déjà partie de notre quotidien.

Ma motivation pour ce projet m’a conduite à mettre en place un atelier d’une heure dès septembre prochain au collège. Je proposerai aussi deux cours le mercredi dans la commune où je vis par le biais d’une association qui m’a tout de suite fait confiance. De ce fait, ma valise de retour en France avait intérêt à contenir le fameux certificat ! Le défi était lancé.

Entourée par mes professeurs lors de la remise de mon certificat
Mon précieux sésame obtenu pour rentrer en France

Comment ai-je choisi ma destination ?

Les cours de yoga, tout comme les formations de professeurs, sont devenus une affaire rentable. Il existe un large choix de possibilités. En accord avec mon très cher et tendre mari, l’appel de la péninsule indienne a été le plus fort.

Direction Hulhalli Hobli

En Inde aussi, yoga = business ! Mais un ashram a attiré mon attention. Il s’agit de AyurYoga Eco Ashram. Situé à l’écart des villes, à Hulhalli Hobli, cet éco-ashram est à une heure de Mysore dans le Karnataka, au sud ouest de l’Inde.

AyurYoga Eco Ashram à Hulhalli Hobli
Un ashram au coeur de la nature, loin de l’agitation de la ville

Il est niché dans un écrin de verdure, organisé selon les principes de la permaculture, dirigé par des Indiens, équipé d’un centre ayurvédique, et propose uniquement nourriture et boissons végétariennes et ayurvédiques.

L’un des potagers de l’ashram

Afin de ne pas me laisser séduire à tort par les photos et les informations du site, j’ai pris contact avec trois Françaises ayant séjourné là-bas. Leurs échos positifs m’ont décidée à effectuer ma formation de yoga dans cet ashram.

Réservation et vols ont suivi. Côté budget, il faut compter $2 400 pour un séjour tout compris en chambre partagée et $2 700 en chambre individuelle. A cela s’ajoute environ 1 000€ de frais de visa et de transport (j’ai voyagé sur Etihad Airways : Roissy – Abu Dhabi – Bangalore).

Scène de rue à Mysore

Il m’est encore difficile d’appréhender la pauvreté de l’Inde et tout ce que cela implique.

Les routes sont incroyablement chargées. Piétons, mobylettes, attelages de bœufs, chiens, vaches, chèvres, poules, camions et tuk-tuks s’y croisent dans un flot de klaxons continus.

Prudence sur la route et n’oublions pas que les vaches sont sacrées en Inde

J’ai pu apprécier cette vie effrénée et joyeuse lors des sorties et des transferts de 5h de route pour aller de l’aéroport de Bangalore à Hulhalli Hobli. Heureusement, un premier séjour en Inde en 2018 m’avait initiée et je savais que je préférerais être à l’écart du capharnaüm des villes.

Cet ashram situé dans un havre de paix était par conséquent un choix judicieux. Certains préféreront le centre-ville de Mysore ou Rishikesh au nord du pays où les ashrams sont légion.

Notre salle de cours

Partir en été et subir la mousson

Après avoir choisi la destination, je n’ai pas pu choisir la période de mon voyage. Etant enseignante, il ne m’était possible de partir qu’en été pour pouvoir assurer ma formation de yoga en Inde en un mois.

Ma professeure de yoga m’avait mise en garde sur le temps instable des mois de juillet et août. La chaleur et les averses dues à la mousson peuvent être éprouvantes.

L’ashram où j’ai séjourné est situé légèrement en altitude, dans une partie de l’Inde plutôt préservée. Ainsi, les deux premières semaines du séjour ont été clémentes. Avec 25°C en moyenne, des soirées plus fraîches et de rares averses.

Par contre, dès la troisième semaine, déluges et inondations ont frappé cette zone géographique. La rivière est montée très rapidement (du fait de l’ouverture de barrages).

La période de la mousson s’étale de juillet à novembre

Notre quotidien s’est revêtu de pulls, anoraks, imper et autres accessoires. Seules les tongs restaient à nos pieds ou presque. Les chemins boueux et les flaques d’eau incitaient certains à marcher pieds nus, ne craignant ni les serpents ni les crocodiles qui adorent les rives submergées… J’ai préféré garder mes tongs !

J’ai aussi testé les limites des systèmes de production écologique. Car quand il pleut, les panneaux solaires ne fonctionnent pas et ne fournissent donc pas d’eau chaude sous la douche !

Et le tourisme dans tout ça ?

Le rythme soutenu de la formation de yoga en Inde et le jour unique de repos par semaine ne laissaient que peu de temps aux visites touristiques.

Le premier samedi, je n’ai même pas osé partir en excursion. J’étais fatiguée par le long voyage aller et une première semaine éprouvante de changement radical de mode de vie.

Balade à Mysore

J’ai pu par la suite partir à la découverte de Mysore. Cet ancien royaume est réputé pour être assez incirculable… Comme la plupart des cités en Inde. C’est la deuxième plus grande ville de l’état du Karnataka (la principale étant Bangalore).

Au détour d’une balade à Mysore

J’ai visité différents palais dont l’immense palais royal qui appartenait à la dynastie des Wodeyar. Son architecture mêle différents styles : hindou, rajput, gothique, et islamique.

La salle d’audience du palais
Une salle opulente du palais
L’un des 12 temples présents dans l’enceinte du palais

Je me suis baladée dans le marché où l’on trouve épices, bois de santal et soie (la fameuse soie rose de Mysore). J’ai aussi visité des boutiques de vêtements et tenues traditionnelles et j’ai testé un restaurant… italien !

Dans le tuk-tuk en route pour la boutique Fab India à Mysore. De gauche à droite : Evelyne (française), Margo (belge) et moi

Découverte de Bylakuppe

Je me suis aussi rendue à Bylakuppe qui accueille la plus grande communauté tibétaine en dehors du Tibet. J’y ai visité son somptueux Golden Temple également connu sous le nom de monastère Namdroling.

Le monastère de Namdroling est la plus grande école du bouddhisme tibétain dans le monde.

Mais mon objectif n’était pas vraiment touristique et le temps consacré à ce programme, sacrifiant les vacances en famille, ne pouvait guère s’éterniser ! Contrairement à certaines stagiaires, j’avais prévu de rentrer dès la fin de la formation. Je n’ai donc pas pu visiter davantage.

Un séjour cosmopolite

Le véritable « voyage » s’est davantage fait au contact des autres stagiaires venant des quatre coins du globe : Etats-Unis, Nouvelle-Zélande, République Tchèque, Croatie, Allemagne, Suisse, Turquie, Angleterre, Irlande, Uruguay…

Nous étions 27 femmes, âgées de 23 à 55 ans. Il y a parfois des hommes qui suivent la formation mais ce n’était pas le cas pendant mon séjour.

Notre groupe de travail nommé Shakti. De gauche à droite : Veronica (slovaque), Aybike (turque), Sarka (tchèque), moi et Aoifs (irlandaise)

La découverte d’horizons nouveaux s’est donc faite au sein du groupe sur le temps d’un repas ou entre deux sessions.

Repas de 13h essentiellement composé de fruits et tisane. Ceci pour permettre la digestion rapide et être prêtes pour la 2e session de yoga de 16h30 à 19h. De gauche à droite : Julie (américaine), Eva (anglaise originaire de Hong-Kong) et moi

Les échanges ont été riches, exclusivement en anglais, avec un accent différent selon l’origine. Mon cerveau s’est mis en mode traducteur avec déchiffrage systématique de certains mots ou expressions. De plus, suivre des cours en anglais-indien est aussi une sacrée gymnastique ! Fatigue des méninges assurée, en plus du reste !

Quel est le bilan de cette formation de yoga en Inde ?

Ce lieu propice à la méditation, à l’étude et à la pratique du yoga a-t-il répondu à mes attentes ? Oui, sans aucun doute mais cela a été très dur.

Un séjour éprouvant physiquement et psychologiquement

J’ai suivi un enseignement authentique, dans les plus pures règles du Hatha Yoga, transmis par des professeurs indiens.

Posture Sirshasana. J’essayais d’aller vers la posture du scorpion (Vrischikasana) mais il me manque de la pratique !

Ici, on ne badine pas avec l’histoire, la philosophie, l’anatomie, la physiologie, la spiritualité ou tout autre aspect inhérent au yoga.

Les manuels de la formation distribués à tous les participants le premier jour.

De plus, il faut aussi savoir qu’un ashram est un lieu de vie régi par des règles précises. On marche pieds nus dans tous les lieux communs. Le temps de méditation (6h-6h30), de pratique de lavage du nez (jala neti), de la boisson chaude matinale au gingembre-citron et du petit déjeuner (repas chaud et copieux à 9h) se font dans le silence complet. Les tenues cachent genoux, chevilles, épaules. Ce n’est pas une colonie de vacances !

Mes repas à l’ashram

Quatre semaines de formation de yoga en Inde éprouvent les corps et les esprits. Les maux sont nombreux. Discrètement, les participants prennent soin les uns des autres, s’épaulent au sens propre et figuré, se réconfortent, s’encouragent et pansent les blessures du passé et du présent.

Pour ma part, mon véritable souci a été le sommeil. J’ai eu beaucoup de mal à dormir. Etait-ce dû au confort sommaire du bungalow ? Au passage de souris et autres animaux indéterminés entre le plafond et le toit chaque nuit ? Ou plutôt au prana, cette énergie vitale que le yoga vous fait circuler dans tout le corps ? Je me sentais calme, sereine… et éveillée ! Le médecin qui nous a donné des cours sur l’ayurvéda a pourtant dit que le sommeil représentait l’un des piliers de la santé avec la nourriture et l’activité. Oups !

Mon bungalow

Le yoga, bien plus qu’une activité physique

Dans nos pays occidentaux, le yoga est souvent pratiqué comme un simple sport ou un moyen pour se détendre, se détachant de son but originel de spiritualité. Mais en fait cette pratique est bien plus complexe.

Au IIème siècle avant JC, dans les Yoga Sutras, le sage Patanjali dicte les huit étapes qui composent le yoga :

  • yama et niyama (principes de vie par rapport à soi et aux autres),
  • asana (pratique des postures),
  • pranayama (souffle),
  • pratyahara (contrôle des sens),
  • dharana (concentration),
  • dhyana (méditation),
  • samadhi (unité avec soi et l’univers, éveil),

Le but ultime étant la paix de l’esprit.

Le Hatha Yoga signifie yoga de l’effort et cette formation demande des efforts permanents

La quête de la paix intérieure

L’enchaînement des cours théoriques et ateliers pratiques vous plonge dans les profondeurs de cette science millénaire. Il vous engloutit corps et âme pour vous ramener à la surface plus conscient et alerte. Telle la fleur de lotus, vous prenez racine dans l’eau et la boue (et après six jours et nuits de trombes d’eau, c’est au sens propre comme au figuré !) pour pousser, grandir et devenir un lotus qui déploie ses pétales l’un après l’autre.

L’illumination est tout simplement votre état naturel, la sensation de ne faire qu’un avec l’Être. C’est un état de fusion avec quelque chose de démesuré et d’indestructible. Quelque chose qui, presque paradoxalement, est essentiellement vous mais pourtant beaucoup plus vaste que vous. L’illumination, c’est trouver votre vraie nature au-delà de tout nom et de toute forme.

Eckhart Tolle – Le pouvoir du moment présent

J’ai écouté mon cœur battre, au rythme des inspirations et expirations, j’ai écouté mon corps, j’ai trouvé la voie du pardon. Dans ce lieu, dans ce contexte, loin de notre quotidien, les sensations sont accueillies, étudiées et comprises. Et un jour, au cours d’une séance de plus, je suis entrée dans le soleil. J’ai atteint une paix intérieure totale, comme un état de grâce. Pendant la phase de relaxation, les yeux fermés, j’ai vu et senti ce soleil lumineux au-dessus de moi, mes bras se sont levés, mes mains jointes en namasté et j’ai traversé les rayons de cet astre.

Pour conclure, je vous invite à regarder la bande annonce de ce documentaire très sympathique (en anglais) qui reflète assez bien le monde du yoga en Inde.

Namasté !

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  1. Avatar

    Merci Nathalie de m’avoir fait revivre ce beau séjour qui nous a tellement apporté ! J’ai partagé les mêmes sensations! Ce stage pour ma part m’a permis d’être plus sereine et de canaliser cette superbe énergie qui est en nous!!
    Namastė!
    Evelyne

    • Avatar

      Bonjour Evelyne, quel plaisir de te lire et merci pour ce partage. Une très belle rencontre que seules ces aventures offrent ! Les écrits et les photos nous permettent de faire durer toutes ces émotions. Bon retour sur la terre ferme dans le sud de la France. Je t’embrasse, Nathalie

  2. Avatar
    CHATEAU-SEGUY says:

    Merci Nathalie pour ce partage. Expérience impressionnante, tellement courageuse. Bravo et félicitations pour être aller au bout de tes convictions. Je suis admirative et tellement impressionnée et très fière d’être ton amie. Jacotte

    • Avatar

      Quel plaisir de lire ton avis. En effet, Claire m’a donné la chance de partager cette aventure ; sans elle et son blog ouvert sur le monde, mon récit serait sûrement resté très personnel. Cette formation s’inscrit dans un parcours de longue haleine, à suivre ! Je t’embrasse et te remercie chaleureusement.

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