Grande première sur le Bar à Voyages : je teste le format interview ! Pour cette nouvelle expérience, j’ai choisi 2 adorables cobayes, ou plutôt lapins : Laure et Marc, 29 ans, a.k.a. les SpiceRabbits. Ensemble depuis bientôt 7 ans, ces Angoumoisins cultivent l’art de la débrouille et du DIY, ainsi qu’une passion dévorante pour le voyage itinérant, cheveux au vent. Ils préparent actuellement un tour d’Europe à bord d’un camion qu’ils transforment eux-mêmes en une véritable petite maison ambulante. 

1/ Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Laure : Je suis né ici, en Charente. Après mon bac Arts Appliqués, je suis partie 2 ans à Lille pour étudier le cinéma d’animation à l’ESAAT*. Je suis ensuite revenue à Angoulême pour compléter ma formation à l’EMCA**. C’est là que j’ai rencontré Marc. Nous travaillons tous les deux dans le milieu du dessin animé, mais nous aimons aussi réaliser ensemble des projets plus personnels.

Laure et Marc devant leur "Terrier migrateur" ©Spicerabbits

Laure et Marc devant leur « Terrier migrateur »

Marc : Pour être plus précis je suis modeleur 3D. Au départ, j’ai commencé par faire les beaux-arts à Metz mais ça ne me correspondait pas vraiment, alors on m’a très vite orienté vers l’animation.

(*École Supérieure Arts Appliqués et Textile, **École des Métiers du Cinéma d’Animation)

2/ En quoi consiste votre projet ?

Laure et Marc : Pour résumer, nous avons décidé de tout quitter pour partir en voyage. Nous construisons actuellement notre « home sweet home » ambulant, que nous avons baptisé Le Terrier Migrateur !

Laure et Marc, les Spicerabbits à l'état sauvage ©Spicerabbits

Wild Spicerabbits !

Pour cela, nous avons commencé à aménager un van en avril 2016, après avoir tous les deux arrêté de travailler. Nous avons pour objectif de partir au printemps 2017, mais ça va dépendre de l’avancée du chantier.

3/ Pourquoi avoir choisi ce nom, le « Terrier migrateur » ?

Laure : J’ai une passion pour les lapins, qui remonte à mon enfance ! En fait, tout part de « Lapins d’épices » (#jeuxdemots , #noël), qui est le nom qu’on avait pris avec Marc pour faire des cartes de vœux en commun ainsi que des petits films animés. On avait choisi un lapin comme personnage puis on s’y est attachés et on a décidé de continuer à développer cet univers. De fil en aiguilles, on lui a créé une histoire, en lui faisant notamment rencontrer une petite lapine blanche.

Lapins d'épices, petite série animée par ©Laure Fatus et Marc Domingo

Lapins d’épices, petite série animée par Laure Fatus et Marc Domingo

On a aussi fait des petits jeux en ligne, toujours avec les mêmes personnages. Avec le temps, on s’est identifiés à ces deux lapins, les « Spice rabbits » en anglais… qui est aussi le nom de mon blog perso. Du coup, le nom de Terrier migrateur s’est imposé naturellement !

4/ Comment vous est venue l’idée/l’envie de vous lancer dans ce projet ? Aviez-vous déjà expérimenté ce type de voyage par le passé ?

Laure : En fait, je crois qu’on a toujours aimé partir à l’aventure tous les deux avec Marc. Ça devait être en 2010 ou 2011, je me souviens que j’étais en train de péter un câble au boulot. On a alors improvisé un break de quelques jours en Espagne.

Nous avons pris notre petite 206 et la tente Quechua 2 secondes, en mode camping sauvage, sans faire de plans à l’avance. Tout ce qu’on voulait, c’était rouler vers le soleil, avancer à notre rythme. On faisait peut-être 100 km entre chaque bivouac. Pour l’anecdote, on avait trouvé la carte de visite d’un resto de sushis sur la plage. On a pris ça comme un signe et on est allés tester : par chance, il s’est avéré excellent !

Seuls sur la plage, les yeux dans l'eau... ♫ Laure et Marc en voyage ©Spicerabbits

Seuls sur la plage, les yeux dans l’eau… ♫

Je crois que ce qui nous a vraiment plu, c’est l’idée de se laisser porter, d’aller complètement au hasard. Quelques temps après, nous sommes retournés en Espagne, du côté de l’Andalousie, cette fois pour 4 semaines. On a alterné camping sauvage et campings gratuits espagnols. La formule nous plaisait toujours, avec cette impression d’étirer le temps !

On garde de supers souvenirs de ces vacances, pleines de surprises et de rencontres… Tiens, autre anecdote : pendant quelques jours, on a même adopté une chienne, qui a un peu guidé notre voyage. C’était une « podenco » toute mignonne, qui montait la garde devant notre tente.

Les voyages, c'est avant tout des rencontres ! Laure et la chienne "podenco" en Espagne ©Spicerabbits

Les voyages, c’est avant tout des rencontres ! Laure et son guide canin en Espagne

Les Espagnols ne se soucient guère de ces chiens errants, mais on s’est très vite rendus compte que les gens nous adressaient davantage la parole quand on était avec elle. Bon, au bout d’un moment ça devient compliqué avec un animal, on ne se voyait pas trop rentrer avec ! Heureusement, on a fini par trouver un refuge qui a bien voulu la prendre.

5/ Qu’est-ce qui vous a fait vous décider ?

Laure : En août 2015, notre propriétaire nous a informés qu’il comptait mettre en vente la maison que nous louons à Angoulême. Pendant un moment, on a hésité à se porter acquéreurs. Curieusement, alors que c’est plutôt Marc le baroudeur sans attaches, c’est lui qui a le plus tergiversé ! Il faut dire qu’on est un peu victimes de la « malédiction du déménagement » à Angoulême. On a pas arrêté de changer de locations depuis la fin de nos études. Alors qu’on avait enfin trouvé la maison qui nous plaît, l’idée de rebouger à nouveau ne nous enchantait guère…

Driving free - Laure au volant ©Spicerabbits

Driving free

Et puis, un jour, j’ai une une sorte de révélation en voiture, sur le chemin vers chez mes parents. Là, au volant, fenêtres ouvertes, j’étais bien. Je me suis dit : C’est ça que je veux ! J’en ai parlé avec Marc et il n’a pas fallu beaucoup de temps pour le convaincre. 😉

6/ Pourquoi convertir un van plutôt que d’investir un camping car ?

Laure et Marc : En fait, on ne s’est pas posé la question. Cielle, une très bonne amie, nous avait longuement parlé de son expérience en Nouvelle-Zélande, où les voyageurs achètent un van sur place… C’est un véritable art de vivre là-bas ! Elle nous a conseillé de choisir un modèle avec suffisamment de hauteur sous plafond.

Et puis, on voulait faire le truc nous-mêmes, sachant qu’on pense le camion avant tout comme notre maison pour un an, pas seulement pour des vacances ! Les camping-cars ont beau être fonctionnels, ils ne sont pas prévus pour cet usage et surtout on trouve qu’ils n’ont pas d’âme.

Le Terrier migrateur avant aménagements ©Spicerabbits

Le Terrier migrateur avant aménagements

Bref, l’objectif c’est vraiment de s’y sentir bien… Comme Laure aime beaucoup la déco, on s’éclate à créer un univers qui nous ressemble. En plus, on peut choisir les matériaux qu’on emploie, en essayant au maximum de réduire notre empreinte écologique.

7/ Quel est le modèle de camion que vous transformez? Comment vous l’êtes vous procuré? Quel est le budget global (achat + travaux) ?

Laure et Marc : Il s’agit d’un Renault Master L3 H2 de 2010, déniché sur Le Bon Coin à Nantes. Il faisait partie du parc d’une entreprise de prêt-à-porter qui revendait ses véhicules de service à plusieurs concessionnaires. L’avantage, c’est qu’il est plutôt facile de trouver des pièces de rechange.

Le Renault Master et son hayon bien pratique ©Spicerabbits

Le Renault Master et son hayon bien pratique

Laure a flashé sur cette version en particulier, qui a 3 portes à l’arrière et qui permet d’avoir un petit auvent. On l’a acheté 6250€. Pour ce qui est des travaux, on avait imaginé dans les 4000€ avant de commencer, mais on se dirige plutôt vers les 6000€. Donc au total, on devrait approcher les 12 000€.

8/ Quelles sont vos sources d’information et d’inspiration (idées, matériel, tutos…) ?

Laure et Marc : Au départ, Cielle nous a beaucoup conseillés puis on a complété avec différentes sources sur le web. Il y a une grosse communauté autour de l’aménagement de camion ! On squatte beaucoup le site trafic-amenage.com, où se retrouvent plutôt des passionnés qui s’y connaissent en mécanique. Ils ne mettent pas trop l’accent sur l’esthétique…

À coté de ça, Laure va souvent sur Instagram et Pinterest, où ce sont plutôt des jeunes, beaucoup d’Américains, dans les milieux artistiques. C’est moins fonctionnel mais au moins ça fait rêver. Vous pouvez voir nos trouvailles au fur et à mesure sur le tableau Pinterest « Van conversion ideas ».

Mike Hudson, alias "Van Dog Traveller", gourou de la conversion de van

Mike Hudson, alias « Van Dog Traveller », gourou de la conversion de van

Enfin, on suit également les conseils de Mike Hudson alias « Van Dog Traveler », un Anglais qui vit depuis 2 ans dans son camion. Il a édité un livre numérique dans lequel il explique de A à Z comment il a converti son van.

9/ Quels sont les travaux que vous avez effectués, que vous reste-t-il à faire ?

Marc : On a réalisé toute la « coquille », les fenêtres, l’isolation, l’électricité, l’habillage des murs… Là, on s’attaque aux meubles. Je dois avouer que ma formation 3D est vraiment utile pour modéliser les futurs aménagements !

Modélisation 3D du Terrier migrateur ©Spicerabbits

Modélisation 3D du Terrier migrateur

Ce n’est pas de tout repos mais on aime vraiment bricoler et on a la chance d’avoir des amis qui nous prêtent leur grange le temps du chantier.

10/ Quid de la gestion de l’énergie à bord ?

Laure et Marc : On essaye de tout optimiser pour être au maximum indépendants et ne pas avoir à faire de halte dans les campings. Ça nous force à aller vers la plus grande sobriété énergétique possible. À la différence d’un camping-car, on ne pourra pas se brancher avec notre camion. Du coup, on a prévu des batteries auxiliaires longue durée grande autonomie qui se rechargent en roulant, ainsi qu’un panneau solaire.

Habillage des murs et mise en place de l'électricité à bord ©Spicerabbits

Habillage des murs et mise en place de l’électricité à bord

On hésite encore pour la cuisinière car les bouteilles de gaz sont différentes selon les pays ! Une solution pourrait être l’investissement dans un dispositif GPL, qu’il suffirait de recharger dans les stations. Il faut qu’on y réfléchisse encore.

On a aussi fait le choix de pas avoir de frigo. C’est un des plus gros consommateurs dans les aménagements mobiles. Comme on ne mange presque pas de viande et que notre frigo est déjà quasiment toujours vide chez nous, on se dit que ça devrait pas poser trop de problèmes…

11/ Quels contraintes/soucis techniques avez-vous rencontrés ?

Marc : Déjà, il faut faire attention à ce que le camion ne dépasse pas les 3,5 tonnes et que les aménagements soient facilement démontables. Ensuite, dans le choix des matériaux et des techniques, il faut prendre en compte les vibrations du camion, il faut que ça puisse « encaisser ».

Du coup, on a besoin de fournitures spéciales qui sont souvent difficiles à dénicher. Par exemple des câbles souples, vendus super cher dans les magasins de camping car et qu’on a fini par trouver sur Internet. Après, chaque étape peut potentiellement poser problème et il faut bien sûr les bons outils…

Le Terrier migrateur en cours d'isolation ©Spicerabbits

Le Terrier migrateur en cours d’isolation

Ah et puis, forcément, dans un camion : rien n’est droit ! Il n’y a que des courbes dans tous les sens, c’est très compliqué de faire des mesures et on doit souvent faire des gabarits pour être sûrs de notre coup. Construire la moindre structure prend 3 fois plus de temps.

12/ Au delà des aménagements intérieurs, quel matériel vous paraît indispensable à tout voyageur ambulant ?

Laure et Marc : On a pas encore fait notre liste mais on va épurer au maximum et partir avec le strict nécessaire de camping/rando. Il va falloir faire du tri… et autant te dire qu’il y a du boulot ! On vient de commencer à lire la bible de la prêtresse japonaise du rangement, Marie Kondō, qui prône un mode de vie minimaliste. L’idée, c’est de s’entourer d’objets qui nous procurent de la joie.

Marc en mode camping gaz ©Spicerabbits

Marc en mode camping gaz

Après, on compte aussi emmener nos vélos. On a pas mal hésité, parce que ça prend quand même de la place… Mais on s’est dit que ce serait bien pratique pour stationner en dehors des villes et explorer à vélo, surtout quand c’est trop compliqué pour se garer. On s’est tâtés pour des vélos pliants mais c’est pas vraiment adapté pour un usage intensif.

Jamais sans nos vélos ! ©Spicerabbits

Jamais sans nos vélos !

On aura donc nos VTC, qu’il faudra démonter pour les ranger sinon ça prend vraiment trop de place. Pour cela, on a prévu un mini garage dédié sous la partie arrière du lit, qui sera accessible depuis les portes arrières du camion.

Marc : Moi, j’aimerais bien un canoë gonflable, ça me semble indispensable… 😉

13/ Quel budget avez-vous prévu pour ce voyage ?

Laure et Marc : Ce n’est pas encore défini. On exclut pas l’idée de faire des petits boulots sur la route pour financer notre voyage. Laure vient de reprendre le travail ce début novembre pour mettre de côté. On va d’abord terminer le chantier et puis on verra.

14/ Avez-vous déjà réfléchi à un itinéraire ? Quels sont les pays/sites que vous avez envie de découvrir?

Laure : Là aussi, c’est encore à l’étude. On veut faire comme les grues : migrer au Sud pendant l’hiver et faire cap au Nord à la belle saison ! Marc a commencé à répertorier tous les lieux historiques ou atypiques qu’il aimerait bien voir. Comme on aime pas trop la foule et qu’on déteste les attrape-touristes, on va vraiment essayer d’éviter au maximum les grands centres touristiques. On veut aller dans les sites qui provoquent une réelle émotion.

Le camping même en hiver ©Spicerabbits

Le camping même en hiver : les Spicerabbits n’ont peur de rien !

Bon, paradoxalement, il y a aussi des parcs d’attractions qui nous disent bien, comme par exemple le « Muumimaailma » ou Moomin* World en Finlande. (*Pour ceux qui ne connaissent pas, les Moomins sont des personnages de romans pour la jeunesse et de dessins animés créés par Tove Jansson.) Finalement, on adhère beaucoup à la philosophie de vie des Moomins, leur rapport à la nature, à la mer… Tout l’univers s’articule autour des notions de bienveillance, de tendresse, de liberté. Il y a eu une expo il n’y a pas longtemps à la Cité internationale de la Bande Dessinée d’Angoulême, j’en parle dans cet article.

15/ Qu’aimeriez-vous dire/quels conseils donneriez-vous à ceux qui aimeraient se lancer ?

Laure et Marc : On trouve toujours de bonnes excuses pour remettre au lendemain mais la vie est trop courte et le monde regorge de merveilles à découvrir ! Si vous rêvez de vous lancer dans ce type de projet, ne réfléchissez pas trop et foncez. Les solutions se présenteront à vous au fur et à mesure. Une fois la décision prise, n’hésitez pas à en parler autour de vous pour donner plus d’impact à votre projet. Comme ça, plus question de reculer. Aujourd’hui, avec Internet, il est très facile de trouver la plupart des réponses aux questions techniques et des tas d’idées pour alimenter notre (votre ?) rêve. Profitez en !

Chantier en cours quelque part en Charente... Dans quelques mois, ce van sillonnera les routes d'Europe ! ©Spicerabbits

Chantier en cours quelque part en Charente… Dans quelques mois, ce van sillonnera les routes d’Europe !

Petits conseils pratiques pendant les travaux pour aménager un van :

  • Anticipez au maximum toutes vos étapes pour éviter les mauvaises surprises ;
  • Achetez votre matériel un peu à l’avance pour éviter les ruptures de stock et l’avoir à disposition le jour J ;
  • Vérifiez toujours vos mesures deux fois (minimum !) et gardez votre atelier le plus propre et rangé possible, surtout si vous êtes un peu tête en l’air comme nous…

Maintenant que nous faisons nous-mêmes un peu partie de la communauté des « vanlifers », n’hésitez pas à nous poser vos questions. 🙂


Merci beaucoup Laure et Marc pour ce chouette témoignage qui donne envie de s’évader !

En attendant le grand départ des Spicerabbits, vous pouvez suivre l’avancée des travaux sur le compte Instagram du Terrier Migrateur.

Edit du 28 novembre 2017 : les Spicerabbits viennent de partir et partagent leur périple en photos sur terriermigrateur.blogspot.fr.

Alors, à qui le tour ? 😉

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