À Gérone (Girona en catalan), ville à l’histoire mouvementée, les légendes sont aussi nombreuses que les coutumes sont farfelues. Nul doute que vous entendrez parler d’histoires populaires ou de légendes urbaines au cours de votre séjour. Empreintes de mystère et de secrets, je vous livre, dans cet article, quelques-uns des mythes, coutumes et légendes à Gérone.

Saint Narcisse, le saint aux mouches

Débutons par le patron de la ville, Saint Narcisse, la plus fameuse des légendes à Gérone. On raconte qu’au 13e siècle, un essaim de mouches sortit de la tombe de l’évêque canonisé pour refouler Philippe Le Hardi, roi de France, et ses troupes après que celles-ci aient détruit la ville et la sépulture de Saint Narcisse. Tous tombèrent malades et le roi mourut quelques temps après.

Affiche 2014 des Fêtes de la Saint Narcisse
Affiche des Fêtes de la Saint Narcisse… Le Saint aux mouches!

Saint Narcisse, appelé aussi le « Saint Aux Mouches », est depuis devenu le saint patron de Gérone. On le célèbre chaque automne autour d’une grande fête populaire, très animée : Fires de Sant Narcis. La basilique de Sant Feliu, reconnaissable à son clocher plat, abrite le tombeau de Saint Narcisse ainsi qu’une peinture relatant cette histoire. En levant les yeux à l’intérieur de l’édifice, vous apercevrez au plafond, une représentation des mouches attaquant les troupes françaises en train de profaner la tombe de Saint Narcisse.

La légende du faucon de Cap d’Estopes

Un peu plus loin dans la vieille ville, une autre légende vous attend. Dirigez-vous vers la cathédrale Santa Maria. À l l’intérieur se trouve la sépulture de Ramon Berenguer dit Cap d’Estopes (« cheveux d’étoupe »). Fils du comte de Barcelone, ce dernier et son frère jumeau (nommé, à l’inverse de son frère, Berenguer Ramon) avaient été chargés par leur père de gouverner ensemble les comtés de Barcelone, Vic et Gérone. Cap d’Estopes avait un faucon et partit à la chasse avec lui, accompagné de son jumeau Berenguer. Berenguer profita de cette escapade pour tuer son frère. Le rapace inconsolable pleura son maître assassiné jusqu’à ce qu’on découvre et ramène son corps à Gérone. En souvenir de son dévouement, on sculpta le fidèle oiseau sur la porte de Sant Miquel qui mène au Trésor et au cloître de la cathédrale.

La Cathédrale et le clocher plat de la basilique Sant Feliu à Gérone
La cathédrale et le clocher plat de la Basilique Sant Feliu

La chaise et la tour Charlemagne

Toujours à l’intérieur de la cathédrale, se trouve derrière l’autel la « chaise de Charlemagne ». Ce siège vénérable en marbre a, parait-il, le pouvoir de marier dans l’année tout couple qui s’y assoit ensemble. En revanche, tout homme qui s’y assoit seul restera célibataire !

La sorcière pétrifiée, l'une des fameuses légendes de Gérone
« tires, pedres tireràs, de pedra quedaràs » (continue de jeter des pierres et tu seras pétrifié)

En ressortant de la cathédrale Santa Maria, arrêtez-vous dans les jardins de la Francesca. D’ici, vous observerez la tour Charlemagne et y apercevrez une curiosité sur l’une des gargouilles : une seule d’entre elles a une forme humaine. Il s’agit d’une femme portant un parchemin. Sa grande bouche, d’où s’échappe l’eau, est largement ouverte et le visage de la femme regarde vers le bas. En fait, c’est une sorcière pétrifiée ! Une autre des légendes à Gérone. On raconte que cette vieille femme jetait des pierres lors des processions religieuses le jour du Corpus. Elle fut punie par le divin et transformée sur place en gargouille. De cette histoire, est tiré l’adage pedres tires, pedres tireràs, de pedra quedaràs (« continue de jeter des pierres et tu seras pétrifié »).

Toucher le nez d’En Banyeta

Pétrifier les personnages malveillants semble être une pratique fréquente à Gérone. Découvrez un autre personnage aux allures de Batman, à l’angle de la Plaça Del Vi et de Carrer Ciutadans. Vous remarquerez sur la bâtisse de l’ancien siège de la Generalitat un visage aux grandes oreilles, nommé En Banyeta. À cet endroit se trouvait jadis un important marché dont l’un des commerçants était cupide et abusait de ses clients. Dieu le changea en pierres pour ses mauvais agissements. Pour voir ses dettes disparaître, il est aujourd’hui de coutume de toucher le nez d’En Banyeta !

Sculpture de En banyeta à Gérone
Un petit air de Batman pour En Banyeta, un personnage de Gérone

Embrasser le derrière de la lionne

Côté traditions, l’une d’elles est devenue une étape incontournable pour tous lors d’un passage à Gérone : embrasser le derrière de la lionne (lleona) près de la basilique de Sant Feliu ! La coutume veut que les habitants de Gérone ou les voyageurs de passage embrassent le postérieur de cette statue médiévale représentant une lionne montée sur une colonne. C’est un gage de votre retour à Gérone et cela porte chance. Avis aux amateurs ! La mairie a même installé des marches d’escalier pour mieux accéder au derrière de la bête !

Gravure de l'histoire de la lleona et sa légende à Gérone
La « lleona » et son histoire

Fête de la Sant Jordi

Une autre coutume a lieu le jour de la Saint Georges (Sant Jordi), en avril. Les amoureux offrent à leur bien-aimée une rose qui leur offre un livre en retour. Car à cette date, c’est aussi la fête du livre. La tradition s’est peu à peu étendue et aujourd’hui il n’y a plus que les amoureux qui se font des cadeaux. Une fleur est donnée en échange d’un livre à toutes les personnes qui vous sont chères.

La marionnette Tarla fait des cabrioles à Gérone
Tarlà fait des cabrioles – ©Ajuntament de Girona

Toujours pendant la fête de la Sant Jordi, vous observerez aussi une drôle de coutume Carrer de l’Argenteria (rue des Argentiers). Chaque année, on y suspend un pantin. Son nom ? Tarlà. Lors de la grande épidémie de peste, on mit les habitants de ce quartier en quarantaine et leur rue fut murée. Grâce aux pitreries et aux acrobaties de Tarlà, ils purent ainsi mieux supporter ce confinement forcé. Tous les ans, le pantin est ressorti et accroché à une barre de manière à ce qu’on puisse l’actionner pour lui faire faire des cabrioles.

Une histoire plus récente raconte aussi que Tarlà a donné son nom à la plus célèbre pâtisserie de Gérone : le xuixo (prononcez « chouchou »). Amoureux caché de la fille d’un pâtissier et se dissimulant dans un sac de farine pour échapper au père de sa belle, son éternuement fit le son « xui-xui ». Tarlà fut ainsi démasqué par le pâtissier qui lui imposa de lui dévoiler une recette pour pouvoir épouser sa fille. Et il donna celle du xuixo.

Festival Temps de Flors

Pour terminer avec les traditions à Gérone, il ne faut pas manquer le festival Temps de Flors en mai. Depuis 1955, la ville se couvre littéralement de fleurs. Et chaque habitant apporte sa contribution en disposant aussi des fleurs dans son jardin ou sur son balcon.

Jeune femme faisant une photo d'un escalier de Gérone recouverts de fleurs
Le temps des fleurs, un événement en mai à ne pas manquer – ©Ajuntament de Girona

Le soir venu, il est de bon ton de se retrouver Place de l’Indépendance, où des concerts gratuits de chant a cappella résonnent.

public assistant à un concerts à Gérone
Concerts a cappella sur la Place de l’Indépendance – ©Ajuntament de Girona

Et vous, connaissez-vous d’autres traditions catalanes, mythes ou légendes espagnoles ? Dites-nous tout en commentant cet article.

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Crédit photo à la une ©Ajuntament de Girona

  1. Avatar

    Merci pour ce très bel article sur Gérone. Le cul de la lionne est momentanément indisponible pour cause d’accident mortel pour un français ayant tenté de l’embrasser. L’escalier a été retiré pour être sécurisé.

    • Claire

      Merci Félix pour le compliment et pour cette info… que je découvre ! Effectivement embrasser le postérieur de l’animal n’a visiblement pas porté chance à ce vieil homme 🙁

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