Lorsqu’on voyage, tous nos sens sont en éveil. On aime ramener avec nous des objets ou des choses pour les partager avec nos amis, notre famille. On rapporte souvent de la nourriture pour la faire goûter, des photos pour montrer les paysages, des vidéos ou des disques pour faire écouter une ambiance, mais il est un sens que l’on sollicite beaucoup en voyage et pour lequel on ne peut quasiment rien ramener, c’est l’odorat.

Dommage qu’il n’existe pas d’outil numérique pour capter les parfums et les effluves des villes, de la nature, des plats, des monuments, des gens. Je me suis toujours dit que cela me manquait quand je voyageais. Même si, comme pour le goût, chacun ressent différemment une odeur, j’ai eu envie d’écrire cet article autour des parfums de voyage, ceux qui me sont chers, ceux que je n’aime pas et ce qu’ils évoquent.

Les parfums qui m’ont plu lors de mes voyages

En dehors des nombreuses senteurs qui émanent des cuisines ou des marchés lorsque l’on visite un pays, certaines senteurs restent gravées dans la mémoire et évoquent immédiatement le voyage.

Pour ma part, j’adore sentir :

Les fleurs de frangipanier : La première fois que je les ai senties, je m’en souviens très bien, c’était il y a un peu plus de 20 ans, à Hawaii. Je ne connaissais pas ces fleurs et je suis suis tombée amoureuse de leur effluve. Au fil de mes voyages, je me suis rendue compte que cet arbre était heureusement très présent dans la majorité des pays tropicaux et que je serais amenée à sentir à nouveau ses fleurs. Depuis, dès que je croise un frangipanier, je ne peux m’empêcher d’y cueillir une fleur de la respirer jusqu’à ce qu’elle fane.

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Sri Lanka, Australie, Cuba… quelques destinations où j’ai trouvé des frangipaniers

L’odeur des pins et de la résine : Depuis que je suis née j’ai toujours passé toutes mes vacances d’été dans le sud des Landes. Je me souviens très bien encore, quand, sur la route des vacances, mes parents ouvraient la fenêtre de la voiture après avoir passé Bordeaux… Ça sentait bon le bois résineux, les pins, la nature… Et le début des grandes vacances !

L’encens des temples bouddhistes : Cette odeur entêtante je l’ai retrouvée en Inde, au Sri Lanka, au Bhoutan et en Indonésie. Suave, épicée, balsamique, elle est parfaite pour se mettre dans sa bulle et méditer !

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Le terme « encens », du latin incendere (brûler), désigne les bois, les plantes et les gommes qui dégagent des parfums en se consumant

La fleur d’oranger : C’est l’une de mes odeurs préférées que je trouve douce et délicate. Je suis d’ailleurs fan de tous les produits de beauté et soins qui embaument la fleur d’oranger ! Je la connaissais depuis petite, mais c’est au Maroc que j’en ai pris plein les narines !

Le curry : Gourmande que je suis, cette émanation évoque pour moi immédiatement le voyage et la cuisine. C’est bien sûr en Inde que le parfum du curry a été le plus présent. D’ailleurs, dans ce pays, j’ai trouvé que tout sentait le curry : les tissus, les objets, et même les gens !

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Le curry est un mélange d’épices, essentiellement du curcuma associé à de la coriandre, du cumin, de la cardamome et divers poivres

Le café : Ou plutôt les grains de café fraîchement moulus ! C’est aussi un souvenir qui remonte à mon enfance mais que j’ai fortement ravivé lors de mon voyage au Costa Rica (je ferai d’ailleurs bientôt un article sur ce pays). Ce n’est normalement pas une plante endémique du Costa Rica mais les caféiers sont à l’origine du boom économique du pays. Lors de mon voyage, j’ai pu visiter une plantation familiale à Monteverde, celle de Don Juan (rien à voir avec le Don Juan de Molière !). J’y ai découvert les étapes depuis la cueillette jusqu’à la tasse !

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La plantation Don Juan utilise des méthodes traditionnelles pour produire un café de qualité

Le sable chaud et l’odeur de la terre après la pluie : Cette odeur me rappelle à nouveau mon enfance, lorsque je jouais dans les dunes avec mes frères et mes cousins et qu’on devait rentrer en courant quand la pluie commençait à tomber. J’ai retrouvé cette odeur au cours de mes voyages dans les pays désertiques qui essuient parfois de gros orages, en Egypte et en Namibie.

La vanille : Une référence gourmande et gustative avant d’être olfactive… Quand je repense à la crème anglaise encore tiède de ma maman… Hummm (qu’elle a d’ailleurs toujours appelée « crème à la vanille » et non « crème anglaise » !). A la Réunion c’est le canard sauce vanille que j’ai goûté. Mélange plutôt étonnant mais délicieux. J’ai aussi visité une coopérative de vanille ou l’on découvre les différentes étapes de maturation des gousses de la plantation jusqu’à l’atelier.

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L’île Bourbon (la Réunion) devient le 1er centre vanillier de la planète quelques décennies seulement après l’introduction de l’orchidée sur place en 1819

L’odeur des embruns iodés : Il paraît que l’iode rend zen, c’est sûrement aussi pour cette raison que j’aime l’odeur de la mer ou de l’océan. Elle évoque inévitablement la détente et les vacances (quand on n’a pas la chance de résider sur le littoral).

Et, plus incongru, l’odeur du kérozène : Tout simplement parce qu’il est synonyme de voyage, d’un départ proche en avion, de nouvelles aventures qui s’annoncent !

Les odeurs que j’ai détestées

La cannelle aux Etats-Unis : Les Américains adorent en mettre partout, dans les desserts, en topping sur le café, dans les pots pourris pour parfumer les intérieurs des boutiques et des maisons… A tel point que cela en devient écoeurant. J’ai fait une overdose !

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Rotorua, la « ville sulfureuse » et ses geysers

L’odeur d’oeuf pourri à Rotorua en Nouvelle-Zélande : Autant le spectacle visuel est grandiose, autant l’odeur fétide est assez désagréable. La faute au souffre qui s’échappe des geysers de cette terre volcanique. Le problème c’est que l’odeur est persistante partout dans la ville. Mais cela ne dérange pas les locaux qui continuent à préparer leur hangi (barbecue maori)… Question d’habitude probablement !

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Les tanneries traitent les peaux de vaches, de moutons, de chèvres et de chameaux, les transformant en articles en cuir

La puanteur aigre des tanneries de Fès au Maroc : Je me souviens bien que l’on m’avait fortement recommandé de me munir de feuilles de menthe pour me les caler sous les narines en regardant les artisans oeuvrer. C’est vrai que c’était plutôt une très bonne idée. Mise à part cette forte odeur, ce site est un incontournable, à visiter absolument.

Et vous, quels sont vos meilleurs et pires souvenirs olfactifs ?

Ma petite sélection pour sentir bon

Il est nul besoin de se déplacer physiquement pour s’évader. Le voyage peut aussi bien s’effectuer en rêvant ou grâce aux parfums. Evoquant le voyage autant par leur nom que par les ingrédients qui les composent, voici ma sélection d’eaux fraîches et de parfums pour femmes. Certaines marques sont mondialement connues, d’autres maisons, plus petites, sont à découvrir si vous ne les connaissez pas encore, mais tous ces parfums sont français.

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Quelques-uns de mes parfums…

  • Escale à Portofino de Dior est une eau vive que j’aime porter l’été. Elle évoque les senteurs italiennes zestées et résineuses couplées à la bergamote.
  • Diptyque propose une gamme de fragrances rappelant la France, la Méditerranée et l’Asie. Découvrez par exemple L’Eau de l’Eau, aux notes de mandarine et de gingembre, Tam Dao à la rose et au santal ou Do Son mêlant tubéreuse et frangipanier. Diptyque propose aussi des parfums solides (pour emporter partout sans en perdre une goutte !) ainsi que des bougies parfumées pour personnaliser votre home sweet home et faire voyager votre intérieur.
  • Le parfum Prodigieux de la marque de cosmétiques Nuxe contient de la fleur d’oranger et de la vanille qui laissent un sillage sensuel. J’aime utiliser cette eau de parfum en hiver.
  • Un Jardin Après La Mousson de chez Hermès, vous embarque dans l’état du Kérala, en Inde. Ce parfum mêle un bouquet de senteurs d’herbe mouillée, de citron, de coriandre et de cardamome… Rafraîchissant !
  • La maison toulousaine Berdoues offre dans sa collection Grands Crus plusieurs assemblages au joli packaging et aux noms évocateurs : Vârina Moorea au bouquet vanillé des îles polynésiennes, Scorza di Sicilia et son caractère méditerranéen et citronné, Selva Do Brazil qui rappelle la nature amazonienne, Assam of India et ses effluves de thé (personnellement c’est un parfum que je porte souvent) ou encore Somei Yoshino et ses notes fleuries du Japon.
  • Fiilit est une marque éco-responsable qui propose des parfums uniques dans un flacon taillé pour le voyage. En portant les eaux de parfum de Fiilit, vous partirez dans les Cyclades à Cuba et à Bali.
  • J’aime aussi porter en toute saison Maroc Maroc et son eau-soin Jardin Mille Roses, à la rose sauvage et à la rose pâle, une des fleurs emblématiques du Maroc utilisée dans les rituels de beauté.

Pour découvrir d’autres parfums originaux et plus confidentiels, rendez-vous dans la boutique bordelaise Le Nez Insurgé. Un espace unique, entre la parfumerie traditionnelle et le cabinet de curiosités, où l’on vous accompagne dans votre sélection. Le Nez Insurgé c’est aussi des cosmétiques et des parfums d’ambiance.

Ateliers olfactifs évoquant le voyage

D’ailleurs en parlant de parfums, j’ai eu l’opportunité de participer à deux ateliers de confection de parfums évoquant le voyage. Dans son studio Les Olfactines, Clémentine Humeau, accompagnée de 2 collaborateurs, compose et « écrit » des parfums pour des marques françaises. Elle crée aussi des parfums personnels, sur mesure, pour des particuliers dont le nom sera également celui donné au parfum créé.

Le studio Les Olfactines à Bordeaux propose des ateliers tous les 15 jours pour partager en petit groupe, notre ressenti, apprendre et concevoir un parfum.

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Bienvenue au studio bordelais de création de parfums Les Olfactines

Le voyage à travers les mots et les senteurs

Mon premier atelier m’a menée aux Comores. Personnellement je ne suis jamais allée dans ces îles mais Clémentine a su me faire voyager et rêver. Passionnée et passionnante, Clémentine est une artiste complète, qui, en plus d’être créatrice de parfums et ancienne concertiste, est aussi écrivain. A travers la lecture des textes imagés de son carnet de voyage contant la destination, Clémentine évoque avec délicatesse les différents parfums exotiques qu’elle a humés pendant son séjour : vanille, calone, coco, clou de girofle, limette, ylang ylang… Il suffit de fermer les yeux et d’écouter sa voix posée, rassurante et douce pour partir à l’autre bout du monde en quelques secondes.

Mon deuxième atelier m’a menée en Inde… J’ai été immédiatement replongée dans les souvenirs de mon séjour en Inde du Nord avec ses odeurs, toutes ces odeurs : santal, encens, gingembre, cardamome, jasmin… Tout un tas d’images ont alors refait surface : la visite de temples, les balades dans les chemins poussiéreux des villages, les enfants jouant avec leur cerf-volant sur les toits des maisons, les palais grandioses des maharadjahs, les villes grouillantes…

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Flashback en Inde

Il est temps de rouvrir les yeux !

Après cette évocation poétique de la destination contée par Clémentine, l’atelier se poursuit par un peu de théorie. Ainsi, on découvre que le cerveau limbique enregistre 500 000 odeurs, toujours mémorisées dans un contexte affectif. Mais comme cette partie du cerveau n’est pas reliée au langage, on ne peut en général citer qu’une quinzaine d’odeurs, même si on les connaît… Faites le test vous-même, par exemple en visitant le bar olfactif de la Cité du Vin et essayez de mettre un nom sur des effluves reniflées à l’aveugle !

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Plus de 670 matières premières référencées dans cet orgue à parfum

Clémentine nous présente ensuite l’osmothèque et son orgue à parfums (plus de 670 matières premières référencées). Chacun doit alors évoquer les adjectifs qui lui viennent à l’esprit en fonction de l’odeur que Clémentine nous présente sur des touches à parfum. Puis on doit y associer une couleur, une forme, une matière, un lieu qui nous est propre.

Un dosage précis pour la conception

On apprend ensuite à connaître la pyramide olfactive discernant les notes de tête, de cœur et de fond qui composent une fragrance. Un parfum étant fabriqué de 25 à 30 ingrédients minimum (végétaux ou animaux), qu’ils soient naturels ou de synthèse, il est important de bien savoir doser sa composition en fonction de cette pyramide.

Les notes de tête regroupent les senteurs fraîches, aquatiques, telles que les agrumes et les plantes aromatiques. C’est ce que l’on sent en premier lorsqu’on ouvre un flacon. Cette fragrance volatile est perceptible de quelques secondes et perdure jusqu’à 20 heures. Viennent ensuite les notes de cœur, plus florales, épicées ou fruitées. Elles tiennent maximum 300 heures et sont, comme leur nom l’indique, le cœur de la formule. Puis arrivent les notes de fond lactées, boisées, gourmandes, animales, poudrées, musquées. Elles sont plus tenaces, donnent du corps au parfum et lui permettent de tenir.

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Ouvert à partir de 10 ans, les ateliers invitent à partir en voyage

Un artisan parfumeur travaille autour de la reconnaissance olfactive (l’évocation, le souvenir), l’intensité (c’est-à-dire la puissance du parfum) et la ténacité (l’évaporation, l’évolution et la tenue du parfum dans le temps). Un ingrédient tenace ne sera pas forcément intense et vice versa. Il est donc important pour un créateur de parfums de connaître parfaitement toutes les subtilités des matières premières avec lesquelles il travaille pour composer son essence, qu’elle soit un parfum ou extrait, une eau de parfum ou une eau de toilette.

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100 gouttes pour confectionner sa propre essence à partir d’une dizaine d’ingrédients

Il est ensuite temps de confectionner nos propres essences de 100 grammes (3 au total) à partir des ingrédients en relation avec la destination décrite en début d’atelier. On se rend compte qu’il est bien difficile de doser correctement pour espérer obtenir ce que l’on souhaite mais l’exercice est passionnant tout en étant ludique et instructif. On repart avec nos 3 petits flacons de parfum de notre propre composition.

Ces ateliers d’une durée de 2h ou 4h sont tout simplement envoûtants. Si vous aimez être mené par le bout de votre nez en voyage, faites-vous offrir un atelier aux Olfactines. Vous ne le regretterez pas tant le voyage est merveilleux. Enfin, vous l’aurez compris, j’ai été séduite et suis totalement fan !

Humer le voyage de manière insolite

Si vous êtes perdu à l’aéroport ou cherchez de l’inspiration pour votre prochaine destination, vous pourrez faire voyager votre nez grâce au Scent Globe situé dans l’aéroport londonien de Heathrow. Les odeurs typiques de 5 pays y sont présentées : le Brésil, la Thaïlande, la Chine, le Japon et l’Afrique du sud.

Un autre moyen original de voyage olfactif est de se procurer le city-guide « Smell York » édité en 2014 par l’Office de Tourisme de York.

Pour rester dans l’insolite, saviez-vous que Los Angeles avait été classée comme « la ville qui sent le plus bon du monde » en 2012 par Chandler Burr, conservateur des arts olfactifs et du Musem of Art and Design de New-York ?

Pour clore cet article olfactif et poursuivre votre voyage en parfum, j’aimerais vous inviter à visiter le blog de Christa, Carnet de Voyage Olfactif. Il relate ses voyages à travers le monde, en relation avec les parfums. Il aborde également les matières premières utilisées en parfumerie et leur histoire ainsi que ses bonnes adresses parfumées.

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